mardi 20 avril 2010

La conférence de presse dite la conf

LA CONFÉRENCE DE PRESSE dite " LA CONF' "
" Merci Cognac Jay, à vous les studios !", la formule est à ranger aux placards désormais.
Tout a changé et tout d'abord le cadre. Nous sommes loin du festival de Cannes, de ses tapis rouges...On se contente le plus souvent du placard à balais de Suzanne, la technicienne de surface, réquisitionné pour l'occasion, avec un impératif : y loger 150 chaises supportant le fessier de 150 journalistes (certains surdimensionnés..), 17 télévisions, et le fameux panneau avec 55 logos de sponsors, le tout dans 20 mètres carrés.
Les acteurs principaux de la cérémonie sont les joueurs et l'entraîneur. Les premiers nommés ont des raisons différentes d'être là. Il y a ceux qui briguent une sélection et sont contents de s'afficher, surtout s'ils sont vainqueurs. Il y a parfois des remplaçants qui permettent aux titulaires d'aller tranquillement sous la douche. Souvent, ils sont désignés par roulement, ou au tirage au sort. Dans les pays de l'Est, c'est parfois à la roulette russe...
Les réponses, elles aussi sont variées, même si elles ont en commun d'émaner de joueurs qui, pendant au moins 90 minutes ont couru, tiré, frappé, brouté, ce qui n'améliore pas la lucidité des propos tenus.
Il y a tout d'abord les lamentations des vaincus : "on n'est pas bien entrés dans le match...il faudrait enrayer la spirale négative...pas de chance...l'arbitre...le hors jeu...le jeu dur...ils vont voir ces enfoirés au match retour, ils vont jongler..." Inutile de développer les commentaires des vainqueurs : " on est bien entrés dans le match...spirale positive..." Et le joueur , transpirant et épuisé doit être capable de répondre à " Pouvez-vous expliquer votre sentiment intime lorsque vous avez poussé la sphère de cuir dans la cage inviolée ?. Avez-vous pensé à votre enfance au milieu des HLM à Garches-les-Gonesse ou à votre soeur mineure qui est en stage de lap dance à Saïgon ? "
Ce qui fait aussi la diversité des réponses, c'est l'origine socio-géographico-culturelle du joueur . Un bachelier ( il y en a un par décennie, il est alors considéré comme un Prix Nobel ) s'exprimera mieux qu'un fils de paysan illettré du Zimbabwe. Un fils de star du football décortiquera mieux le jeu qu'un jeune ex-dealer du 9-3.
Pour ce qui est des coachs, ceux des grands clubs sont pour la plupart des bêtes de scène. Tour à tour joviaux,sympathiques, cyniques, de mauvaise foi, ironiques, silencieux. Ils ont du métier et cherchent à déstabiliser le questionneur, répondant à une question par une autre question, répondant à côté, ne répondant pas...Ils mettent en doute la compétence footballistique du journaliste, son passé maigrichon de joueur, surtout s'il pèse depuis toujours 120 kg et que le seul ballon qu'il connaisse bien c'est le ballon de rouge. Il pense " eh,toi, c'est bien toi qui t'occupait de la page people ou de la rubrique nécrologie à "L'éveil du QUERCY " avant d'être bombardé rédac'chef des sports ? De même, les journaleux, par conscience professionnelle iront fouiner dans le passé de l'entraîneur, surtout de celui qui n'a rien gagné à part le concours de babyfoot de " Chez Marcel", le bougnat du coin.Malheur au coach qui traîne derrière lui des rumeurs qui sont autant de casseroles: transferts douteux, caisse noire,dopage, ou proxénétisme...
Dans tous les cas, l'entraîneur essaiera de contenir la tonne d'insultes qu'il a en réserve depuis des années, il composera, sortira la langue de bois, demandera de voir le côté positif de cette défaite 7-0, d'observer la bonne séquence de jeu qui a eu lieu de la 43ème à la 44ème minute de jeu, synonyme "d'espoir", notre équipe ( 38 ans de moyenne d'âge ) est en " devenir ", "qu'est-ce que c'est que 17 points de retard? ". Bien sûr, il faudra " continuer à travailler " mais " dans la sérénité ". Autrement dit, il faut lui foutre la paix!
Et puis, arme fatale,l'éducateur aura toujours la solution de se lever, de saluer les tourmenteurs et de prendre rendez-vous pour le match prochain, où il sera dit à peu près la même chose...
Nous sommes loin du Festival de Cannes, des tapis rouges, des décolletés vertigineux. La conférence s'achève dans le bruit des chaises, des portables qui sonnent,des gobelets en plastique qu'on écrase.
L'entraîneur et les joueurs sont déjà loin. Ils foncent dans la nuit, au volant de leur Porsche ou de leur Ferrari.
Finalement, Cannes n'est pas si loin que cela...

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